La vie en apnée

Je viens tout juste de terminer d’animer le module Pouvoir, qui fait partie de notre Programme d’Immersion en Dialogue Authentique chez Spiralis.
Dans ce module, nous parlons beaucoup de notre rapport au « non » et de la difficulté à mettre nos limites tout en prenant soin de la relation.
Ce weekend encore, j’ai été touché de voir à quel point cela peut être difficile.
Nous avons peur de décevoir. Peur d’être rejetés. Peur d’être trop exigeants, trop sensibles, trop compliqués. Peur de perdre la relation. Tant de peurs peuvent se cacher derrière un simple « non ».
Pourtant, dire non me semble essentiel si nous voulons vivre une vie en cohérence avec nos besoins et nos valeurs. Parce qu’à force de ne pas mettre de limites, nous risquons de nous retrouver comme un poisson mort qui suit le courant. Nous bougeons. Nous allons quelque part. Mais nous ne participons plus vraiment à notre propre vie.
J’ai écrit le poème La vie en apnée à la suite d’une rencontre avec une amie qui me racontait à quel point elle trouvait sa vie difficile. À l’époque, je ne l’avais pas formulé ainsi. Mais en relisant ce poème aujourd’hui, je vois à quel point il parle de cela : de ce qui arrive quand, à force de ne pas dire non, nous finissons par manquer d’air.
La vie en apnée
Tu n’as pas encore ouvert les yeux
et déjà, tu retiens ton souffle.
Les draps sont tièdes
d’une nuit sans sommeil,
tes rêves s’envolent.
Toi tu plonges
dans la mer agitée
de ta journée.
Il y a tellement à faire,
à refaire,
et à refaire encore.
Inscrire la petite au cours de ballet,
envoyer l’offre de service au client,
répondre aux 63 courriels de la veille,
renouveler les assurances,
ramasser les jouets éparpillés,
préparer les lunchs pour demain,
organiser les vacances d’été
Tu cherches de l’oxygène
au bout de cette liste sans fin
parchemin maudit
qui s’allonge
plus loin que demain.
Tu espères, que dis-je,
tu crois fermement
qu’en rayant une ligne de plus,
qu’en cochant un autre item
tu pourras respirer, enfin.
Mais il y a toujours une autre vague,
une autre marée,
d’autres tempêtes, par centaines,
par milliers,
qui t’empêchent de souffler.
Tu vis en apnée.
Tu ne sais plus faire autrement.
Tes épaules tendues dès l’aube,
ta mâchoire serrée sous tes sourires,
ton cœur qui cogne dans le vide,
et ta tête qui diffuse en boucle :
Produire, c’est être aimée.
Donner, c’est exister.
Faire plus, c’est être en santé.
Tu soupires enfin,
juste avant d’aller te coucher
épuisée.
Comme une naufragée
qui s’échoue sur la plage
des oubliées.
— Jean-Philippe Bouchard
Formateur certifié en Communication NonViolente (CNV)

