Éditorial

La solitude de la girafe

Par Geneviève Bertrand, le 23 février, 2026

Un moment difficile dans l’apprentissage de la Communication NonViolente (CNV) se vit quand on rentre à la maison, après une formation.

Le cœur ouvert.
Les besoins clairs.
L’élan d’empathie vivant.
Et puis…

On allume la télé.
On ouvre les réseaux sociaux.
On entre dans une réunion.
On échange avec notre partenaire ou nos ami·e·s.
Et on s’aperçoit que personne ne parle cette nouvelle langue.

On entend du « chacal » partout.

  • Jugements.
  • Interprétations.
  • Exigences.
  • Blâmes.
  • Ironie.
  • Sous-entendus.

Et quelque chose en nous se contracte, parce qu’on sait qu’un autre niveau de lien est possible.

Ce que beaucoup vivent, c’est la solitude.
Être la seule personne formée à la CNV dans son entourage.
Être la seule à vouloir comprendre plutôt que gagner.
Être la seule à parler girafe dans un monde de chacal.

Ce qui attriste et qui déçoit, c’est souvent :
Ne pas recevoir le niveau d’empathie que l’on offre et auquel on aspire.
Sentir la profondeur possible… sans pouvoir y entrer avec l’autre.
Avoir découvert un espace de compréhension mutuelle, de fluidité, de bienveillance… Et revenir à des dynamiques plus dures, plus rapides, plus défensives.

Derrière cette insatisfaction, il y a des besoins magnifiques :

  • Réciprocité
  • Communauté
  • Compréhension mutuelle
  • Soutien
  • Réalité partagée
  • Espoir

La vraie question n’est peut-être pas :
« Comment faire pour qu’ils parlent girafe ? »

La vraie question pourrait être :
Quels besoins seraient comblés si davantage de personnes autour de moi pratiquaient la CNV ?

Et ensuite :
Comment puis-je nourrir ces besoins autrement ?

Le piège subtil

Thomas d’Ansembourg réfère souvent à l’inconfort qui accompagne tout chemin de conscience. Quand on évolue intérieurement, il peut y avoir un décalage. Et dans ce décalage, un piège apparaît :

Se sentir plus conscient·e, plus avancé·e, plus subtil·e.

La CNV peut devenir, malgré nous, une nouvelle supériorité morale. “Eux parlent chacal. Moi je parle girafe.” Et sans le vouloir, on recrée la séparation que l’on voulait transformer.

La girafe n’est pas un langage parfait.
C’est une posture d’humilité qui inclut notre propre chacal.

Que faire pour naviguer cette solitude et nourrir nos besoins ?

1. Pratiquer le traducteur

Dans un environnement où tout le monde n’est pas sensibilisé à la CNV, Marshall Rosenberg invitait à adopter la posture du « traducteur chacal-girafe » : cette capacité à entendre, derrière chaque critique, chaque exigence ou chaque jugement, un besoin qui n’a pas trouvé d’autre manière de s’exprimer.

C’est une posture exigeante qui demande de la conscience et de la présence. Elle permet de garder en conscience les besoins plutôt que les reproches et de ne pas nous laisser aspirer par la dureté ambiante.

Pratiquer le traducteur, c’est refuser de devenir victime du langage qui nous entoure. C’est choisir de maintenir le cap sur la qualité de lien que nous souhaitons incarner. C’est ramener, avec subtilité et bienveillance, la conversation vers un espace plus conscient et plus constructif.

Et surtout, c’est se rappeler que nous ne sommes pas impuissant·e·s.

Une seule personne qui choisit de traduire plutôt que de réagir modifie déjà le climat relationnel. Une seule personne qui reste connectée aux besoins contribue à élever le niveau de conscience d’un échange.

Non pas en imposant.

Non pas en corrigeant.

En incarnant.

2. Nommer son besoin d’empathie de manière simple et accessible

“Là, j’aurais besoin que tu m’écoutes sans chercher à régler.”

3. Créer ou trouver des espaces ressources.

  • Groupes de pratique.
  • Collègues formé·e·s.
  • Ami·e·s qui parlent la même langue.

4. Ajuster ses attentes.

Tout le monde n’est pas au même endroit sur le chemin.

Faire le deuil d’une harmonie idéalisée.

Certains proches ne pratiqueront peut-être jamais la CNV.

Et l’amour peut exister malgré ça.

La solitude… ou la responsabilité ?

Il y a une tristesse réelle à être la seule girafe dans la pièce. Et en même temps, il y a une puissance immense.

Parce qu’une seule personne qui choisit la conscience change déjà le climat relationnel.

Pas en sauveur.

Pas en modèle parfait.

En présence.

— Geneviève Bertrand
Directrice générale chez Spiralis

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