Réveille!

Tout est calme. Le noir de la nuit enveloppe encore l’esprit.
La vie n’est qu’un rêve. Rien ne bouge, pas même le temps.
Le cadran sonne, il regarde l’heure : 2017.
Merde, se dit-il, je suis en retard! Ma carrière n’est qu’une fraction de mon imaginaire. J’aurais dû faire plus, faire mieux, faire comme me disait ma mère. Mes amours ne sont qu’un pâle reflet des effets spéciaux des films d’Hollywood. Où est disparue ma princesse, qu’ai-je fait de mon happy ending? Ma famille n’en finit plus de se séparer, pour l’argent, par manque de temps, par trop d’écran. Comme elle se portait bien au temps de La petite maison dans la prairie!
Il sent l’étreinte de l’angoisse lui caresser le corps. Un frisson le long de l’échine, un serrement autour du cœur, le souffle haletant, les yeux fous qui cherchent un point fixe, désespérément.
Quelqu’un, sortez-moi de moi!, cria-t-il, à personne en particulier, à l’univers tout entier.
Donnez-moi un écran que je m’enfouisse sous les vidéos de chats, les articles pseudo-scientifiques et les séries de Netflix. Donnez-moi de l’oubli sous forme liquide, en fumée ou en poudre. Donnez-moi à faire pour booster ma carrière, aider la planète entière, sortir le monde de la misère. Donnez-moi n’importe quoi pour m’éviter de ressentir ces sentiments de honte, de culpabilité, de désespoir, d’impuissance, de rage, de dépression…
Silence. Personne en particulier, ni l’univers, ne répond.
Silence. Rien à oublier, rien à faire, rien à éviter.
Silence. Simplement ressentir, se connecter, être avec tout ce qui émerge.
L’étreinte se transforme, le souffle est plus profond, les yeux s’apaisent. L’esprit petit s’agrandit, enveloppant d’une présence bienveillante toute la peur, la rage, la peine, toutes les parties de lui qui lui font croire qu’il n’est pas à l’heure d’ici, qu’il n’est pas exactement maintenant au bon moment.
Le cadran sonne. L’éveil est doux. Il regarde l’heure : 2017. La Vie m’attend, se dit-il.
Jean-Philippe