Je ne veux pas aller à l’école

Par Marilou Ferland, le 13 janvier, 2025

Mercredi, 7 heures du matin.

Comme tous les matins, je monte les escaliers en silence, un peu fatiguée et prête à attaquer le rituel de la journée. J’ouvre doucement la porte de la chambre de mon enfant et, d’une voix calme, je lance :

« Allez, debout ! C’est l’heure de se préparer pour aller à l’école ! »

J’espère un réveil tranquille, sans chicane et je sais très bien que ça ne se passe pas toujours comme ça…

La réponse ne tarde pas :

« Maman, j’ai pas envie d’aller à l’école aujourd’hui. Je peux rester à la maison ? »


Ça vous arrive aussi ? C’est devenu un classique hebdomadaire chez moi. La première fois, ça m’a un peu prise par surprise. La deuxième fois, j’ai trouvé ça cute. Aujourd’hui, je sais que c’est une demande à gérer avec doigté. Parce que si je m’y prends mal, ça risque de virer en guerre.

Alors, comment réagissez-vous quand vous entendez ça ?

C’est facile de réagir sur le coup. Moi, je pourrais y aller direct :

« Ben là, debout ! T’as pas le choix, pis moi j’ai du travail. »

Ça paraît simple, rapide, efficace, mais je sais que ça risque d’envenimer la situation.

Puis quand je m’imagine sortir ces mots, je sens déjà une boule dans ma poitrine. Je visualise la scène : soit il se ferme complètement, refuse de s’habiller et la matinée devient un vrai casse-tête, soit il dit oui, mais je sais que cette tranquillité ne tiendra pas longtemps. Dans tous les cas, on finit par se retrouver dans une tempête de frustrations.

Comment faire autrement ? Comment sortir de cette routine de stress et de frustration?

C’est dans ces instants que la CNV devient précieuse, me rappelant que je peux transformer un échange tendu en un moment de compréhension, pour moi et pour mon enfant.

La CNV, ça commence par un changement de perspective :

Au lieu de me dire « je DOIS aller travailler » et « il n’a PAS LE CHOIX d’aller à l’école », je me demande :  « et si on remettait en question cette idée de  “devoir” à tout prix ? Et si on commençait par réfléchir à ce que nous choisissons vraiment, plutôt qu’à ce que nous « DEVONS » faire ? »

Je me rends compte que je ne suis pas simplement en train de « devoir » aller travailler. En réalité, je CHOISIS d’aller au travail. C’est ma façon de contribuer à notre vie de famille, d’assurer notre quotidien et de nous permettre de profiter de petits plaisirs — comme ces fins de semaine à la montagne ou les vacances en famille. Et puis, pour moi, c’est important de passer du temps avec d’autres adultes et de me réaliser dans un autre cadre que celui de la famille.

Quant à l’école, ce n’est pas juste un « mal nécessaire ». C’est un lieu où il trouve sa place, où il apprend à interagir avec les autres, à développer sa curiosité et à relever des défis. L’école lui offre l’opportunité de s’épanouir dans un environnement structuré, de se faire des amis, d’explorer des idées qu’il n’aurait peut-être pas rencontrées à la maison. Il peut tester ses limites (et celles des autres!), découvrir ses talents, et trouver des repères qui l’aideront à grandir et à se connaître davantage.

Alors, comment traduire tout ça dans notre échange ce matin ?

1. Écouter ce qui se cache derrière son refus d’aller à l’école

Plutôt que de répondre automatiquement en lui disant « ben t’as pas le choix », je pourrais prendre un moment pour comprendre pourquoi il ne veut pas y aller aujourd’hui.

Peut-être qu’il est juste fatigué, qu’il a mal dormi, ou qu’il a une petite boule au ventre pour une raison ou une autre. Peut-être qu’il a des appréhensions sur sa journée, qu’il a un devoir qu’il redoute ou un conflit avec un camarade.

Plutôt que de le bousculer, je pourrais lui dire calmement :

« Je vois que t’as pas envie d’aller à l’école aujourd’hui. Qu’est-ce qui te tracasse ? »

En l’écoutant sans minimiser ses sentiments, je pourrais mieux comprendre ce qu’il vit et pourquoi il a du mal à se lever ce matin. C’est souvent dans ces moments-là qu’on découvre des choses surprenantes, qui nous aident à trouver une solution plus adaptée.

Je sais que vous allez me dire : « Mais j’ai pas le temps de faire ça le matin, j’ai un horaire à respecter ! »

C’est vrai, le matin c’est toujours un peu rushé. Parfois, quelques minutes suffisent pour désamorcer une situation qui pourrait devenir une vraie tempête. Si je prends un moment pour l’écouter vraiment, je sais que je vais économiser du temps et du stress sur le long terme.

2. Exprimer ce qui est important pour moi

Une autre option est de lui expliquer ce qui est important pour moi, de manière calme et bienveillante.

Par exemple, je pourrais lui dire :

« Je comprends que tu n’aies pas envie d’aller à l’école et je sais que ça peut être difficile des fois. Pour moi, c’est important que tu y ailles. L’école, c’est un endroit où tu grandis, où tu rencontres des amis, où tu apprends plein de choses. Je veux que tu sois bien, et c’est pour ça que je pense que c’est important que tu sois là. »

Et je pourrais ajouter :

« Puis moi, j’ai envie d’aller travailler, parce que ça me permet de faire des choses que j’aime, d’apprendre et de grandir. Ça nous aide aussi à avoir ce qu’il nous faut pour vivre bien et passer du temps ensemble, comme nos petites escapades en famille. »

L’idée, c’est de lui montrer que, comme lui, j’ai aussi des choses qui comptent pour moi. Ce n’est pas une question de « tu dois », mais de « comment on peut s’arranger pour que chacun se sente bien ? »

3. Poser des limites claires et fermes tout en restant empathique

Enfin, il y a des moments où je ne peux pas m’étendre sur la question. Si je suis dans le rush et que je n’ai pas le temps d’avoir une grande discussion, je pourrais lui dire : « Je vois que ce n’est pas facile pour toi en ce moment, et j’aimerais qu’on puisse en parler plus tranquillement. Là, j’ai pas tout l’espace et le temps que je voudrais. C’est important pour moi que tu ailles à l’école et on pourra en reparler ce soir quand on aura plus de temps pour échanger calmement .»

Cette approche combine fermeté et respect. Je fais passer un message clair : l’école est non négociable ce matin ET je reconnais en même temps ses émotions et lui offre la possibilité de revenir sur la question dans un contexte plus détendu, où nous aurons le temps de nous écouter et de trouver des solutions ensemble.

Je vous entends vous demander:

« Alors, comment ça s’est passé chez vous ce matin-là  ? » Eh bien, mon enfant m’a dit qu’il était fatigué. Il vit plusieurs transitions dans sa vie en ce moment qui ont un impact sur la qualité de son sommeil. Dès que je lui ai répondu: « Avoue que tu aurais dormi 2 heures de plus ? », il a poussé un long soupir et m’a dit: « ouais!!! ». J’ai immédiatement vu son énergie changer. Il est embarqué dans sa routine sans rouspéter, ce qui m’indique que cette fois-là, il avait surtout besoin d’être entendu.

Pourquoi cette approche pourrait-elle changer nos matins ?

Ces ajustements dans notre manière de communiquer transforment vraiment nos dynamiques. Plutôt que de commencer la journée dans une confrontation, on peut choisir de discuter, d’ouvrir un dialogue, de se comprendre. Écouter ses besoins, exprimer les miens, sans jugement, sans pression.

C’est pas facile, je sais bien. Parfois, les émotions sont fortes et tout devient chaotique. Mais si on prend le temps de vraiment s’écouter et de se comprendre, ça allège nos journées, et même renforce notre relation de confiance. L’objectif, c’est justement de sortir de cette routine de stress et de créer un espace où chacun se sent respecté, où on peut se comprendre mutuellement.

C’est sûr que tous les matins ne seront pas parfaits et, avec un peu de patience et de bienveillance, on peut transformer nos journées. Et même si, ce matin-là, tout ne se passe pas comme prévu, l’essentiel, c’est de savoir qu’on a essayé d’apporter un peu plus de calme dans ce quotidien parfois trop mouvementé.

Marilou Ferland sera co-formatrice lors du Programme de Parentalité Consciente et Bienveillante cet hiver.

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