Ils apprennent surtout quand on ne leur enseigne pas

Par Geneviève Bertrand, le 4 septembre, 2026

Quand on pense à l’éducation, on pense spontanément à tout ce que nous souhaitons transmettre aux jeunes: des connaissances, des compétences qui leur permettront de comprendre le monde, d’y contribuer, de devenir autonomes.

Et puis, il y a le savoir-être.

Celui-là aussi, nous cherchons activement à le transmettre. On crée des ateliers sur l’empathie, on enseigne la résolution de conflits, on parle de respect, de coopération, de bienveillance. On intervient lorsqu’un enfant exclut, intimide, manque d’écoute ou pose un geste qui ne correspond pas aux valeurs que nous souhaitons lui transmettre. On leur explique quoi faire. Quoi ne pas faire. Comment se comporter. Comment traiter les autres.

Mais ce que nous leur demandons d’être, l’incarnons-nous nous-mêmes?

Comment réagissons-nous quand quelqu’un nous contrarie? Comment parlons-nous d’une personne avec qui nous sommes en désaccord? Comment accueillons-nous un « non »? Que faisons-nous lorsque nous sommes pressé·e·s, fatigué·e·s ou impatient·e·s? Sommes-nous toujours cohérent·e·s avec ce que nous cherchons à transmettre?

Parfois? Souvent? Pas autant que nous le souhaiterions?

Ils apprennent moins de nos leçons que de nos réactions.

Notre désir de transmettre aux jeunes un savoir-être empreint de bienveillance est précieux. Peut-être même particulièrement aujourd’hui, alors qu’ils grandissent dans un monde où la performance, l’individualisme, la polarisation et les rapports de force prennent beaucoup de place.

Nous souhaitons leur transmettre autre chose : la bonté, l’entraide, l’écoute, l’empathie, la coopération, le souci de l’autre. La capacité d’être en désaccord sans se déshumaniser.

Mais les jeunes n’apprennent pas seulement de ce que nous leur enseignons: ils apprennent en nous regardant vivre.

Ils observent notre ton, nos impatiences, nos silences. La manière dont nous gérons un conflit, recevons une critique, reconnaissons une erreur, posons une limite ou exerçons notre pouvoir. Une multitude de petits messages relationnels transmis sans même que nous nous en rendions compte.

C’est peut-être là que se trouve l’une de nos plus grandes possibilités comme adultes: le savoir-être ne se transmet pas seulement. Il s’incarne.

Si nous voulons leur transmettre l’écoute, peuvent-ils faire l’expérience d’être réellement écoutés?

Si nous souhaitons qu’ils développent l’empathie, se sentent-ils accueillis avec empathie?

Si nous voulons qu’ils apprennent à traverser les désaccords, peuvent-ils nous voir être en désaccord sans chercher à gagner ou à avoir raison?

Et si nous souhaitons qu’ils apprennent à reconnaître leurs erreurs, peuvent-ils nous entendre dire : « Je me suis trompé·e »?

Avant de leur enseigner, apprenons à l’incarner.

Comment réduire l’écart entre ce que nous souhaitons transmettre aux jeunes et ce qu’ils nous voient réellement vivre? L’approche de la Communication NonViolente (CNV) nous offre une voie pour y travailler.

Pas seulement comme une nouvelle matière à enseigner aux jeunes. Pas seulement comme quatre étapes qu’ils devraient apprendre à appliquer lorsqu’ils vivent un conflit. Mais comme une philosophie et une pratique à intégrer nous-mêmes. Une invitation adressée aussi aux adultes qui les accompagnent : parents, enseignant·e·s, éducateur·rice·s, intervenant·e·s, directions et personnel de soutien.

Une invitation à développer nous-mêmes les capacités que nous aimerions voir grandir chez eux : écouter derrière les comportements, poser des limites sans rompre le lien, exercer notre autorité avec conscience, exprimer ce qui compte pour nous sans écraser ce qui compte pour l’autre et traverser les conflits autrement.

Non pas pour devenir des modèles parfaits de bienveillance (quel projet impossible!), mais pour devenir des adultes qui pratiquent, qui se questionnent, qui se reprennent et qui réparent. Des adultes qui cherchent à mettre davantage de cohérence entre ce qu’ils souhaitent transmettre et leur manière d’être en relation.

Parce qu’au bout du compte, nous sommes peut-être nous-mêmes l’une des plus importantes leçons de savoir-être que nous leur offrirons.

— Geneviève Bertrand
Directrice générale chez Spiralis

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