Gagner un débat. Perdre le dialogue.

Êtes-vous fatigué·e du ton des campagnes électorales?
Des débats où personne ne semble vraiment écouter?
Des pointes, des attaques, de la recherche de la faille dans l’argument de l’autre?
Des conversations où le but semble davantage être de convaincre que de comprendre?
En période électorale, nos différences de points de vue prennent encore plus de place dans l’espace public et dans nos conversations. Devant le désaccord, notre réflexe collectif est souvent de chercher qui a raison et qui a tort, quelle idée est bonne ou mauvaise, quel argument réussira à défaire celui de l’autre. On argumente, on réfute, on cherche la faille, on caricature la position de l’autre pour mieux défendre la nôtre. Et nos jugements, déjà bien entraînés, passent facilement à la vitesse supérieure.
Cette posture de débat est omniprésente : dans les médias, bien sûr, dans nos discussions et même à l’école, où l’on enseigne à construire un argument, défendre une position et réfuter celle de l’autre.
Mais au fond, y a-t-il vraiment un·e gagnant·e à un débat? Avons-nous mieux compris ce qui compte pour l’autre? Lui avons-nous donné envie de comprendre ce qui compte pour nous?
Et si, pendant cette campagne électorale, on essayait autre chose?
La Communication NonViolente (CNV) nous invite à déplacer notre attention : plutôt que de rester uniquement sur les positions, chercher ce qui est vivant derrière elles. Pas pour devenir neutres, renoncer à nos convictions ou éviter les désaccords, mais pour apprendre à les traverser autrement.
Commencer par soi : qu’est-ce qui compte vraiment pour moi?
Avant même de chercher quelle plateforme ou quelle proposition correspond le mieux à notre vision, on peut revenir à ce qui nous préoccupe profondément. Qu’est-ce que je souhaite protéger? Qu’est-ce que j’aimerais voir changer? Quel monde ai-je envie de contribuer à construire? Quelles valeurs et quels besoins sont particulièrement importants pour moi aujourd’hui? Sécurité, équité, liberté, appartenance, solidarité, prévisibilité, prospérité, protection de l’environnement, accès aux soins, possibilité pour chacun·e de contribuer et de s’épanouir?
Ce changement de focus peut nous aider à sortir momentanément du « pour ou contre » pour retrouver le sens derrière notre position. Et il peut aussi transformer notre manière d’écouter celle des autres. Passer de « Comment peux-tu penser ça? » (jugement) à « Qu’est-ce qui est important pour toi là-dedans? » (empathie)
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Comprendre ne veut pas dire être d’accord. On peut chercher à comprendre les préoccupations, les besoins ou les valeurs derrière une position que l’on ne partage absolument pas, tout en continuant de s’y opposer fermement. La curiosité ne nous oblige pas à abandonner nos convictions.
Écouter avec l’intention de comprendre nous permet de rencontrer autre chose qu’une opinion à combattre: une personne qui, elle aussi, essaie de prendre soin de quelque chose qui compte pour elle. Et parfois, derrière des positions complètement opposées, on découvre des préoccupations étonnamment semblables. Ce sont les stratégies proposées pour y répondre qui divergent.
Alors, peut-être que la prochaine fois qu’une conversation politique s’enflamme, nous pourrions essayer une question toute simple: « Qu’est-ce qui est particulièrement important pour toi dans cet enjeu? » Puis écouter la réponse avec cette curiosité empathique à laquelle la CNV nous invite.
Et lorsque vient notre tour de parler, plutôt que d’accumuler les arguments pour convaincre, nous pourrions essayer : « J’aimerais te partager ce qui compte pour moi et pourquoi. »
Nous continuerons d’avoir des visions différentes, de privilégier des stratégies différentes et de voter différemment. La CNV ne nous invite pas à effacer ces désaccords, mais à chercher, derrière nos positions, ce qui compte profondément pour chacun·e et à préserver notre capacité à nous entendre malgré nos différences.
Et si le véritable défi démocratique n’était pas d’apprendre à être d’accord, mais d’apprendre à être en désaccord sans perdre le lien?
— Geneviève Bertrand
Directrice générale chez Spiralis

