Parentalité

Quand dire « non » est aussi une façon de dire « je t’aime »

Par Geneviève Bertrand, le 26 juin, 2026

L’été arrive avec son lot de liberté, de journées moins structurées… et, bien souvent, davantage de temps devant les écrans.

Comme plusieurs parents, il est possible que vous vous retrouviez devant un dilemme. Vous connaissez les effets d’un usage excessif des écrans sur le sommeil, l’humeur, l’attention ou la santé physique. Vous voyez aussi à quel point les jeux, les réseaux sociaux et les plateformes vidéo sont conçus pour retenir notre attention le plus longtemps possible. Ce n’est pas uniquement une question de volonté. Ces technologies sont pensées pour devenir difficiles à quitter… même pour les adultes.

Alors, comment intervenir avec son enfant sans tomber dans les luttes de pouvoir?

Avant d’imposer une règle, il peut être précieux d’ouvrir le dialogue. En Communication NonViolente (CNV), nous cherchons d’abord à exprimer ce qui nous habite : ce que nous observons, ce que nous ressentons, les besoins qui sont importants pour nous… puis à ouvrir un espace de dialogue. Cela pourrait ressembler à ceci :

« J’aimerais prendre un moment pour te parler des écrans. Depuis quelques semaines, je remarque que tu passes plusieurs heures par jour sur ton téléphone (ou ta console, ta tablette…). (OBSERVATION) Quand je vois ça, je me sens préoccupé·e, parfois même inquiet·ète. (SENTIMENT) J’ai besoin de sentir que, comme parent, je contribue à ta santé, à ton développement, à ton équilibre et à ton épanouissement. (BESOINS) J’aimerais aussi que ton été te permette de vivre toutes sortes d’expériences : bouger, être dehors, voir tes ami·es, découvrir de nouvelles choses, t’ennuyer parfois, développer des passions…

Est-ce que tu serais d’accord pour qu’on en parle ensemble? J’aimerais comprendre comment, toi, tu vis ça et voir si on peut trouver une façon de prendre soin de ce qui est important pour toi… et de ce qui est important pour moi. » (DEMANDE)

Parfois, cette conversation ouvre un espace de réflexion et permet de trouver ensemble des ententes satisfaisantes. Et parfois… malgré plusieurs conversations, malgré une réelle ouverture au dialogue et une recherche sincère de solutions qui prennent soin des besoins de chacun·e, nous constatons que notre enfant n’a tout simplement pas encore les ressources nécessaires pour s’autoréguler face à un objet aussi puissant qu’un téléphone, une tablette ou une console de jeux.

Vient alors le moment de faire usage de ce que l’on appelle, en CNV, la force protectrice.

Marshall Rosenberg la décrit ainsi :

« L’intention derrière l’usage protecteur de la force est de prévenir une blessure ou une injustice, jamais de punir ni de faire souffrir une personne afin qu’elle se repente ou change. »

Lorsque nous limitons le temps d’écran, la question n’est pas seulement « Quelle règle vais-je mettre en place? » Elle est aussi : « À partir de quel endroit est-ce que je pose cette limite? »

Est-ce que je cherche à gagner? À contrôler? À imposer mon autorité? Ou est-ce que je tente, du mieux que je peux, de protéger quelque chose qui m’apparaît profondément important pour mon enfant : sa santé, son développement, son équilibre, son sommeil, son besoin de mouvement, de découvertes, de relations ou de variété dans ses expériences?

Cette nuance est précieuse.

Parce que nos enfants perçoivent bien plus que nos paroles. Ils sentent souvent l’énergie avec laquelle une limite est posée. Une limite portée par l’exaspération, la peur ou le besoin d’avoir raison n’a pas la même saveur qu’une limite portée par un profond désir de prendre soin.

Cela ne signifie pas qu’ils seront d’accord ou qu’ils apprécieront notre décision. Mais il y a une différence entre vivre une limite… et se sentir puni.

Nous pouvons alors dire, avec douceur et fermeté :

« Je vois bien que cette décision ne te plaît pas. De mon côté, je fais du mieux que je peux avec ce que je connais aujourd’hui pour prendre soin de toi. »

Puis vient une étape que nous oublions parfois: accueillir ce qui se passe chez notre enfant, sans chercher à le convaincre ou à minimiser ce qu’il vit.

Accueillir ces réactions ne signifie pas retirer la limite. Cela signifie reconnaître qu’un besoin important est en train d’être contrarié chez notre enfant. Son besoin de plaisir, de liberté, d’autonomie, d’appartenance, de connexion avec ses ami·es ou encore de choisir par lui·elle-même est bien réel.

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Et nos besoins le sont tout autant. Notre besoin de contribuer à sa santé, à son développement, à son équilibre, à son épanouissement ou encore à sa sécurité est, lui aussi, profondément vivant.

Le défi n’est donc pas de choisir entre les besoins du parent et ceux de l’enfant. Il consiste à prendre soin des deux.

À protéger ce qui nous apparaît essentiel, tout en offrant à notre enfant la compréhension, la compassion et la présence dont il ou elle a besoin pour traverser sa déception.

Au fond, nos enfants ne retiendront peut-être pas toujours les règles que nous leur avons imposées. Ils se souviendront cependant de la manière dont nous les avons accompagnés lorsqu’ils n’étaient pas d’accord avec elles.

Parce qu’il est possible de dire « non » avec fermeté… sans cesser de dire « je suis avec toi ».

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