Communication Éditorial

Petite procédure d’action non-violente pour étudiants en colère

Par Jean-Philippe Bouchard, le 21 mai, 2012

Je vous écris en ce lundi matin, au bord du lac de mon enfance, loin des 300 arrestations de la veille. Je n’en suis pas moins triste de voir les photos de visages ensanglantés, de matraques et de boucliers. Ce matin, je me laisse toucher par mon impuissance : je ne sais pas quoi faire, comment faire, qui raisonner! Je remercie Myriam qui, par ces questions sur notre page FB, me donne l’opportunité de clarifier ma pensée et d’offrir un petit quelque chose que je souhaite porteur d’évolution pour tous.

Ceci qui suit n’est pas une critique de la loi 78 ou des manifestations étudiantes. C’est plutôt une tentative pour aider toutes les personnes frustrées, apeurées, découragées ou touchées d’une manière ou d’une autre par la situation actuelle au Québec à transformer leurs émotions et sentiments en action constructive.

Tous d’abord, quelques prémisses :
Les émotions sont un système d’information qui nous permet de reconnaitre qu’un de ses besoins se sent menacé. Ni plus, ni moins, les émotions assurent depuis des millions d’années notre survie. Faudrait peut-être les écouter!

Une émotion est comme une vague qui nous passe à travers, ça ne se gère pas, ne se contrôle pas, ne s’embouteille pas, ça se vit! Quand je dis « vivre » ses émotions, je ne dis pas « d’agir » à partir de celles-ci. Agir à partir de la colère mène presque toujours à la violence. Par contraste, « vivre » sa colère, se laisser toucher par elle, rester curieux face à elle me permet d’identifier le besoin qui n’est pas comblé dans la situation actuelle. C’est à partir de la conscience de mes besoins, que mon action est juste et non-violente.

Je suis le seul responsable de mon bonheur. Les autres n’ont pas comme mission de s’occuper de mon bonheur. Jean ne DOIT pas m’écouter, les policiers ne DOIVENT pas être raisonnables, les étudiants ne DOIVENT pas être sensés pour que je sois heureux. Si j’attends après les autres (et surtout Jean!), je me place en situation de victime.

Maintenant, que faire face à la situation et à toutes ces émotions qui se bousculent : rage, découragement, peur, indignation, etc.! Comment faire pour réagir à ce qui se passe de manière non-violente? Si je parlais à un groupe d’étudiantEs, ou tout autre groupe qui désire exprimer son mécontentement de manière non-violente, je leur proposerais ceci :

TROUVER UN LIEU SÉCURITAIRE : Avec un groupe d’amiEs en qui vous avez confiance, trouver un lieu calme loin des caméras, des oreilles indiscrètes et de l’effervescence du moment pour vous assoir en cercle.

VENTILER : À tour de rôle et sans en discuter, laisser libre cours à toute votre rage, vos critiques, vos jugements et autres blâmes. Lorsqu’une personne s’exprime, les autres écoutent en silence avec le plus de présence possible à ce que l’autre vit. On ne renchérit pas, ne conseille pas, ne rit pas, ne minimise pas. On écoute.

IDENTIFIER SES SENTIMENTS : Continuer le tour de cercle en nommant les sentiments qui vous habitent. Un sentiment n’implique personne d’autre que vous, il est sans jugement et décrit votre ressenti. Ex : enragéE, déçuE, découragéE, enthousiaste, apeuréE, fatiguéE, vidéE, frustréE, énergiséE, etc. (afin de développer et de raffiner le vocabulaire des sentiments, voir une liste ).

IDENTIFIER SES BESOINS Toujours en continuant le cercle – habituellement ça donne des tours de parole de 1 à 2 minutes par personne – chacunE tente d’identifier quelques besoins qui ne sont pas comblés pour eux dans la situation. Un besoin est une motivation fondamentale, une aspiration profonde, une valeur que l’on désire actualiser. Ex. : Confiance, sécurité, écoute, compréhension, considération, espoir, compassion, évolution, etc. (voir sur la même liste pour d’autres exemples).

PRIORISER VOS BESOINS Une fois que touTEs ont parlé – l’atmosphère devrait être plus calme rendu à cette étape – tenter en groupe d’identifier les besoins les plus importants qu’on aimerait combler. Faire une liste commune et essayer de vous limiter aux deux ou trois plus importants. Lorsque vous les avez identifiés, vous devriez sentir une motivation, une pulsion vers l’action constructive.
Note : Si vous êtes encore submergéEs par les émotions négatives, recommencez à l’étape 2!

IDENTIFIER DES ACTIONS Trouver des façons de faire, des moyens, des actions pour combler ces besoins. Voici quelques questions pour vous aider à réfléchir aux actions potentielles : Qu’est-ce que je peux faire pour accepter la situation telle qu’elle est actuellement (tout changement débute par l’acceptation de la réalité du moment)? Qu’est-ce que je peux changer dans ma propre attitude qui pourrait m’aider à combler mes besoins, m’aider à tendre vers mon idéal? Sur qui, sur quoi ai-je de l’influence et qu’est-ce que je suis prêtE à faire pour exercer cette influence? Qui peut nous soutenir dans notre désir de combler ces besoins?

La proposition que je fais ici vise à soutenir une transformation de « je suis CONTRE » quelque chose que je perçois comme une menace à mon bien-être, en « j’avance VERS » mes aspirations et les valeurs qui me tiennent à cœur. Je crois profondément que c’est en posant des gestes en toute conscience de ses aspirations qu’on réussit à créer un monde dans lequel les besoins de tous peuvent être entendus, considérés et éventuellement comblés.

Jean-Philippe

L'infolettre la plus bienveillante en ville!

Une dose hebdomadaire de Communication NonViolente (CNV) vivante et concrète, directement dans votre boîte de réception. Inscrivez votre adresse courriel pour vous abonner.

Programme d'immersion en Dialogue Authentique au travail

Sélectionnez votre prix

Programme d'immersion en Dialogue Authentique au travail

Veuillez sélectionner la date pour chacun des modules.

*Attention de ne pas sélectionner 2 modules à la même date
**Nous recommandons de laisser au moins 4 semaines entre chaque module

Programme d'immersion en Dialogue Authentique

Sélectionnez votre prix

Programme d'immersion en Dialogue Authentique

Veuillez sélectionner la date pour chacun des modules.

*Attention de ne pas sélectionner 2 modules à la même date
**Nous recommandons de laisser au moins 4 semaines entre chaque module