Couple

Inventer son couple

Par Jean-Philippe Bouchard, le 3 novembre, 2013

J’ai rencontré Valérie lors d’un atelier de 5 jours de CNV. Je l’ai aperçue lorsqu’elle entrait dans la salle, sa robe ‘grano’ turquoise, ses cheveux courts, son pas décidé. Quelque chose en moi a réagi à sa présence, quelque chose de profond que je n’ai pu définir. Ce n’est rien, me dis-je, scellant sous quelques tonnes de cynisme le petit espoir qui se pointait le nez. J’avais 35 ans, divorcé depuis 2 ans, je ne croyais plus en l’amour romantique, flirtant au gré du vent, espérant au mieux que les caresses des femmes m’apportent de doux plaisirs éphémères.

Ce fut une semaine intense! Nous avons ri, nous avons pleuré, nous avons dansé, toujours à une distance des plus respectable – nous étions tout de même dans un couvent ! Au dernier diner de la retraite, Valérie, d’un air solennel me demanda de la suivre afin qu’on puisse se parler en privé, je souris de la voir prendre les devants et la suivis avec plaisir. C’était une douce journée de printemps, et comme la neige mon cynisme avait fondu. Nous avons fait une longue marche, à se dire notre attirance,  à échanger sur nos peurs et nos espoirs avec beaucoup de simplicité, d’écoute, d’authenticité.

Suite à cet atelier, nous nous sommes courtisés quelque temps – pas assez longtemps selon moi qui aime la romance, la poésie et les fleurs, beaucoup trop longtemps selon Valérie qui préfère les voies directes, la vérité toute crue et les pots Masson. Après avoir emménagé tous les deux, nous avons décidé dans les mois qui ont suivi de travailler ensemble en créant Spiralis.

Après 4 ans de vie commune, la joie d’être ensemble ne s’étant toujours pas dissipée, nous discutions mariage. Il y a bien des détails techniques à la chose ; entre mariage civil, union civile et autres considérations de nos acquêts, il est facile de s’y perdre, mais l’essentiel était ailleurs. Au cœur de nos conversations, une question : « Même si nous nous aimons maintenant, n’est-ce que pure hérésie de croire que notre union durera pour toujours étant donné que statistiquement 50% des couples se séparent et que notre expérience personnelle ne nous amena jamais au-delà des 5 ans ? »  Ayant perdu l’innocence de nos 20 ans sans sombrer dans l’indolence de la quarantaine, nous avons imaginé une solution bien personnelle. Se marier, donc célébrer et officialiser notre union devant nos proches, tout en précisant une date de péremption. Nous étions enchantés de notre trouvaille ! Afin de suivre notre cycle naturel, Valérie et moi avons décidé de nous marier pour une durée de 5 ans. À cette date butoir, nous aurons une conversation sur l’avenir de notre couple à partir de la réalité qui sera la nôtre à ce moment-là. D’ici là, nous nous engageons pleinement et complètement à vivre cette union qui nous est chère – pour le meilleur et pour le pire !

Nous avons la chance de vivre dans une société et à une époque où nous sommes libres de choisir comment nous souhaitons vivre avec un ou une partenaire. Pour profiter de cette ouverture sociale, il faut être en mesure d’avoir une ouverture personnelle et de dépasser nos croyances, sachant que pour la plupart d’entre nous, les idées que l’on se fait du couple sont remplies de présuppositions. 

Pour accéder à cette créativité et cette ouverture, Valérie et moi avons décidé de cultiver notre espace de couple de manière consciente à l’aide de pratiques qui nous ont permis de nourrir et de soutenir l’évolution de notre relation. Et oui, un couple, ça se cultive, comme un jardin – si on le laisse à lui-même, les mauvaises herbes finiront par étouffer la récolte!

———– PRATIQUES ————–

Voici 3 pratiques de bases que nous utilisons toujours et qui nous ont soutenu à créer un espace de couple riche et en constante évolution :

S’engager envers une vision partagée (pratique annuelle) :

Dès la première année, nous avons réalisé que certaines de nos altercations étaient en fait dues au fait que nous n’avions pas tout à fait la même vision de ce qu’était un couple. Probablement qu’à l’époque de nos grands-parents, la définition de ce que devaient faire l’homme et la femme qui se mariaient était claire et sans équivoque. De nos jours, on a beaucoup plus de liberté, mais cela vient avec le fait qu’il faut se responsabiliser. Nous nous sommes donc penchés sur les questions suivantes :

  1. À quels besoins notre couple répond-il ?
  2. Quelles stratégies ou pratiques spécifiques vont nous permettre de vivre ces besoins ?
  3. Qu’est-ce qu’on doit mettre en place maintenant pour nous soutenir dans les moments difficiles ?

La première année, nous avons mijoté pendant 3 jours sur ces questions. Nous avons consigné nos réponses et les révisons annuellement afin de vérifier si c’est encore vrai pour nous. Lors de notre mariage, 5 ans après l’avoir écrit, nous avons réécrit une nouvelle version que nous révisons annuellement lors de notre anniversaire.

Gratitude (pratique quotidienne)

Vivre à deux au quotidien entraine nécessairement des frustrations – parfois petites, parfois grandes ! Le danger pour toute relation, mais particulièrement pour les couples, c’est de focaliser uniquement sur ces frustrations. La pratique de la gratitude quotidienne élargit notre champ perceptuel pour inclure aussi ce qu’on apprécie de l’autre (ce qu’elle a fait de petit ou de grand, d’ordinaire ou d’extraordinaire, d’évident ou de subtil). Afin d’inclure cette pratique dans votre vie de tous les jours, le plus important est de trouver un bon moment en fonction de votre routine actuelle : cela peut se faire en se réveillant le matin, ou au repas du soir, ou sur l’oreiller avant de s’endormir. Je vous suggère de le faire rigoureusement pendant le premier mois, par la suite, ça viendra plus naturellement !

Écoute généreuse (pratique hebdomadaire)

L’être aimé est souvent la personne que l’on écoute le moins ! Pourquoi ? Parce que l’on entend facilement critiques et blâmes, qu’on se sent coupable si l’autre est triste ou frustrée, qu’on se dit qu’on sera obligé de régler le problème de l’autre. Alors, au lieu d’écouter l’autre, on écoute la télévision ! L’intimité réelle se développe à travers une écoute généreuse qui vise à accueillir l’autre sans faire quoi que ce soit – pas de conseils, pas de résolutions de problèmes, pas de critique, que de l’écoute. Je suggère de débuter par 10 minutes d’écoute silencieuse, une fois par semaine. Encore une fois, se choisir un temps et un espace qui sont propices à ce genre de partage intime et sensible. Suite au partage des deux personnes, discuter de ce que cela vous fait et si besoin est, mettre en place des actions ou des solutions aux problèmes qui ont été mentionnés.

Bien sûr, ces pratiques ne règleront pas toutes les difficultés de vivre en couple. Par contre, je peux vous dire que, pour Valérie et moi, elles nous ont permis de créer un espace de confiance, de complicité et d’intimité que nous n’avons jamais connu ailleurs.

Jean-Philippe, novembre 2013

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