Transformer la culpabilité en choix conscients

Par 19 janvier 2018 décembre 5th, 2019 No Comments

J’aurais dû, ben dû, donc dû…
Oh! culpabilité, quand tu nous tiens!

 Comment se libérer de l’emprise de la culpabilité? Comment apprendre de ses expériences sans tomber dans les pièges du remords? Comment grandir dans la dignité, plutôt que dans la haine de soi? Comment nourrir notre estime même quand nous avons « été moins que parfaits »1?

 Nous posons parfois des gestes que nous regrettons par la suite. D’un côté, nous nous jugeons sévèrement d’avoir commis ces actes et de l’autre nous nous justifions de les avoir posés sans vraiment parvenir à nous convaincre. « J’aurais dû ou je n’aurais pas dû faire telle ou telle chose, mais je n’avais pas le choix, j’avais des bonnes raisons. » Nous nous épuisons en errant dans un cercle vicieux, oscillant d’un discours à l’autre.

Pour sortir de la confusion et y voir plus clair, nous pouvons commencer par déterminer les actions, ou les inactions, auxquelles se rapporte notre culpabilité, pour ensuite nommer les reproches que nous nous adressons.

« Tous les gestes que nous posons et pour lesquels nous nous jugeons sont des tentatives de répondre à des besoins. Les jugements de culpabilité nous révèlent que nous demeurons avec des besoins frustrés. »2 Ainsi, lorsque nous affirmons que nous avons tort, nous voulons dire en réalité que nous n’avons pas agi en harmonie avec nos besoins. La CNV propose de traduire nos jugements moralisateurs en un langage intérieur plus digestible, afin de nous éduquer dans la bienveillance plutôt qu’à coup de blâme.

Pour y arriver, posons-nous les questions suivantes : quels besoins n’ont pas été comblés par mon action et quels sont ceux que j’ai voulu combler en la posant? Prenons le temps de nous connecter avec ces besoins qui représentent nos aspirations profondes.

En gardant à l’esprit que nos besoins ne sont ni bons ni mauvais, il devient alors possible de ressentir de la compassion pour la partie de nous-mêmes qui a fait de son mieux afin de les combler.

Transformer la culpabilité en choix conscients

Illustrons le processus de la libération de la culpabilité suggéré par la CNV, avec l’histoire de Jennifer qui a récemment demandé le divorce au père de son enfant. Cette femme se sent coupable d’avoir pris la décision de se séparer, car sa nouvelle situation familiale implique une garde partagée de l’enfant.

Elle se dit à elle-même : « J’aurais pu endurer la situation encore quelques années, le temps que ma fille quitte la maison. Je ne serai jamais capable de faire connaitre à ma fille c’est quoi des parents qui s’aiment. Je devrais vivre avec ma fille à temps plein. » Jennifer ressent de la tristesse, car elle aurait tellement voulu vivre en accord avec ses valeurs en offrant à son enfant une famille « traditionnelle » où la mère et le père s’aiment et vivent sous le même toit. Ce modèle familial lui apparaissait comme le seul moyen de combler certains de ses besoins, celui de sécurité par exemple.

D’autre part, Jennifer se dit : « Je n’aurais pas pu faire ma vie avec quelqu’un qui me considère comme sa meilleure amie. C’était vivable dans le quotidien et dans l’opérationnel, mais dans le fond de mon cœur, j’étais tellement malheureuse. J’attendais tout le temps qu’il retombe en amour avec moi. » Elle se sent exaspérée lorsque ces pensées défilent dans son esprit. Ce n’est pas surprenant qu’elle se soit séparée, puisque sa relation de couple ne comblait pas ses besoins d’amour et d’intimité.

Jennifer a autant besoin de sécurité que d’amour et d’intimité. « Est-ce que ces tous ces besoins peuvent coexister dans sa vie? »3 « L’analyse des sentiments et des besoins qui cohabitent va nous aider à réconcilier les parties de nous-mêmes qui sont en conflit. Cette réconciliation va, à son tour, stimuler la dynamique de la responsabilité qui permet de sortir du bourbier ou de la prison. »4

Lorsque Jennifer reconnait tous ses besoins avec bienveillance, elle peut élaborer des stratégies qui lui permettront de trouver plus d’autonomie et de liberté. Ainsi, elle a décidé de demander un accompagnement individuel, afin de poursuivre le deuil de sa vie familiale telle qu’elle était, et de revoir certaines de ses croyances, notamment la nécessité de vivre en couple comme condition préalable à une vie de famille « respectable ».

Grâce à la CNV, Jennifer a réalisé un parcours de croissance personnelle significatif pour se libérer de sa culpabilité. Elle a retrouvé sa sérénité en dépit du fait qu’elle soit encore à ce jour célibataire! Elle ne regrette plus son choix. Sa famille n’est pas « brisée » comme elle le croyait. Elle a établi un dialogue d’une grande franchise avec son enfant qui semble épanoui. De plus, son ex-conjoint est un père responsable et la garde partagée se déroule dans un climat harmonieux.

Vivre en cohérence avec ce qui nous tient à cœur

« A posteriori, nous pouvons observer les choix que nous avons faits avec lesquels nous sommes plus ou moins en accord pour leur redonner du sens. Il arrive que nous fassions des choix basés sur nos vieux « patterns » ou sur l’éducation que nous avons reçue. Ceux-ci ne sont peut-être pas au service de qui nous sommes aujourd’hui. »5 Nous voulons nous donner les moyens d’organiser notre vie en fonction de l’ensemble de nos besoins, afin de vivre en paix avec nous-mêmes, et conséquemment avec les autres.

Par Marie-Andrée Baril
Rédactrice pigiste

Sources

  1. Expression empruntée de Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou des murs) : Introduction à la Communication NonViolente, Jouvence, 2005, p.170
  2. Document remis dans l’atelier Cohérence de Spiralis, Transformer la culpabilité, Prémisses
  3. Propos recueillis durant l’atelier Cohérence offert par Spiralis
  4. Thomas d’Ansembourg, « Être heureux, ce n’est pas nécessairement confortable », Éditions de l’Homme, page 214
  5. Propos recueillis durant l’atelier Cohérence offert par Spiralis