Osez demander ce que vous voulez!

Par 26 février 2018 décembre 5th, 2019 No Comments

L’horloge tourne, les activités de notre quotidien se succèdent, les gens vont et viennent… Au milieu de ce mouvement perpétuel, nous sollicitons régulièrement les autres et vice-versa.

 Dans cette dynamique, des conflits peuvent prendre forme. Vous n’avez qu’à imaginer une rencontre à l’épicerie avec une connaissance qui surgit dans votre bulle, une conversation avec un parent qui vous demande un service au mauvais moment, une dispute avec votre colocataire qui ne fait pas sa part des tâches ménagères…

En pareilles circonstances, les humains ont souvent peur d’être authentiques et d’exprimer ce qu’ils veulent réellement, car ils anticipent la réaction de l’autre. Ils se perdent dans des détours, passent des messages indirects ou bien encaissent, jusqu’au jour où ils explosent. Gérer les situations insatisfaisantes, sans devenir passif ou agressif, représente un défi pour tous.

Les événements ne se déroulent pas toujours comme on l’aurait souhaité, mais il est possible d’orienter sa vie afin de réaliser certains objectifs. « Deux moyens très concrets et simples nous permettent de vivre notre pouvoir et d’avancer vers ce qui nous tient à cœur : faire des demandes claires et dire non à ce qui n’a pas de sens pour nous. Ces deux actions sont des outils de pouvoir puisqu’elles sont complètement sous notre contrôle. »1

Il relève de la responsabilité de celui qui s’exprime de le faire de son mieux, afin d’inspirer son interlocuteur à répondre favorablement à sa requête. Pour que celle-ci soit attrayante, la Communication NonViolente suggère de la relier aux besoins qui la motivent. À quels besoins tentons-nous de répondre? À quoi ressemblerait notre vie si ceux-ci étaient comblés? Cette vision dynamisante insuffle de la puissance à nos demandes.

D’un autre côté, il n’est pas réaliste de se donner comme objectif de trouver LA demande bien formulée qui va résoudre le conflit d’un seul coup. Nul n’a de pouvoir sur la façon dont sera reçue sa demande. « Le mieux que l’on puisse faire est de prendre l’engagement d’être authentique, d’essayer de maintenir de la bienveillance et d’accueillir avec empathie les réactions qui émergent chez l’autre. Lorsque celui-ci réalisera que ses besoins sont considérés, une confiance mutuelle s’établira et une panoplie de solutions communes pourront prendre forme. »2

 

Entrevoir de nouvelles possibilités

Dans le cas où une connaissance en proie à une grande agitation vous croisait et entrait dans votre bulle, vous pourriez lui exprimer votre malaise de la façon suivante : « Quand tu me parles à moins d’un bras de distance, je me sens mal à l’aise. Si je recule d’un pas, c’est parce que j’ai besoin d’espace pour me concentrer sur ce que tu me dis sans me laisser emporter dans les mêmes émotions que toi. J’aimerais garder ma tranquillité d’esprit tout en t’écoutant. Serais-tu d’accord de me parler à une distance d’au moins un bras? » « Ce type de demande formulée dans un langage d’action, clair, positif et concret révèle ce qui est réellement désiré. »3

Dans le cas d’une discussion avec un parent qui réclame un service dans un moment inopportun, il est possible de refuser de le lui rendre en exprimant simplement que cette demande arrive à un mauvais moment parce que vous avez besoin de repos. De plus, en vous enquérant de ce que ce refus lui fait vivre, vous pouvez proposer du même souffle une solution alternative satisfaisante pour chacun d’entre vous.

Dans le cas où votre colocataire laisse régulièrement sa vaisselle sale sur le comptoir, il serait possible d’ouvrir une conversation sur la division des tâches en lui expliquant que vous vivez de l’irritation parce que votre besoin de coopération n’est pas comblé. Ensuite, vous pourriez lui faire une demande spécifique, afin qu’il sache exactement ce que vous attendez de lui. Les possibilités sont infinies, en voici un exemple : « Lorsque j’aperçois de la vaisselle sale qui traine sur le comptoir, est-ce que je peux t’en faire part, pour que tu puisses me dire quand tu prévois la laver? » Cette expression honnête ouvre la porte au dialogue qui ne fait alors que commencer.

Faire une demande ne veut pas dire exiger l’obéissance. Si vous jugez, critiquez ou tentez de culpabiliser l’autre après avoir essuyé un refus, celui-ci risque d’argumenter afin de se défendre et la situation pourrait dégénérer en dispute stérile. Au lieu de mettre de la pression sur l’autre, la CNV vous propose de prendre le temps d’écouter son point de vue. Qu’est-ce qui le dérange dans votre suggestion? Qu’est-ce qui est important pour lui?

Ce n’est qu’en créant un espace ouvert au dialogue, tout en maintenant un lien empreint de bienveillance que l’on peut espérer éveiller un désir de collaboration susceptible d’amener les changements souhaités. La CNV est destinée à ceux qui souhaitent que les autres répondent favorablement à leurs demandes, mais à la seule condition que ceux-ci le fassent de leur plein gré, et du fond du cœur. L’intention première de cette démarche est de satisfaire les besoins de toutes les personnes concernées que ce soit pour préserver la qualité d’une relation déjà existante ou pour établir un climat propice à la création de nouveaux liens.

 

Sources:

  1. Jean-Philippe Bouchard, 3 février 2017,Pouvoir = faire des demandes + dire non, Repéré au https://spiralis.ca/2017/02/pouvoir-faire-des-demandes-dire-non/
  2. Propos recueillis dans l’atelier Pouvoir de Spiralis
  3. Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou des murs), Introduction à la Communication NonViolente, p.103

Par Marie-Andrée Baril
Rédactrice pigiste