L’investigation des croyances, un chemin vers la liberté

Par 26 novembre 2018 décembre 5th, 2019 No Comments

L’être humain voit le monde en l’interprétant continuellement. Il est incapable de constater sans aussitôt chercher à comprendre pourquoi les choses sont comme elles sont. La réalité ne lui suffit pas, il a besoin qu’elle ait du sens. Toutes les explications auxquelles il croit donnent effectivement un sens à sa vie.

Au fil de son histoire personnelle, les conclusions qu’il tire sur lui-même, les gens, les relations, la vie, deviennent des croyances qu’il a tendance à généraliser à toutes les situations similaires. Issues de ses interprétations de la réalité, elles agissent comme un filtre et se renforcent d’une expérience à l’autre jusqu’à se substituer à la réalité elle-même. Elles lui apparaissent ainsi comme des faits et une vérité absolue qu’il ne remet plus en question.

Selon Valérie Lanctôt Bédard, formatrice en Communication NonViolente, « nous focalisons sur ce qui confirme nos croyances afin de maintenir notre équilibre psychique, et lorsque celles-ci sont ébranlées nous nous sentons déstabilisés. En même temps, il est essentiel d’en faire l’investigation si nous voulons vivre en toute liberté. » *1 Il est possible de le faire à l’aide du processus de la CNV, en allant à la rencontre des besoins que nous cherchons à satisfaire en ayant de telles croyances.

Avez-vous déjà pris le temps d’identifier vos croyances? Êtes-vous conscients de leur origine et de leur impact sur vos choix de vie?

 

Le piège du faire

De mon côté, je me questionne régulièrement sur ma façon de penser et de concevoir la vie. À force d’écrire mes pensées et de les partager à cœur ouvert, j’ai fini par développer le réflexe de prendre assez de recul pour m’apercevoir que certaines d’entre elles me causent un stress inutile.

Par exemple, j’en étais venue à croire que ma valeur tenait essentiellement à ce que je faisais. Je me disais que je devrais accomplir plus de choses, être plus performante, avoir une carrière prestigieuse, etc. Une partie de moi était persuadée que si je n’y arrivais pas, je ne serais pas appréciée, ni acceptée par mes semblables. J’avais adopté cette croyance pour d’excellentes raisons puisqu’elle représentait une façon de combler mes besoins de contribution, d’acceptation, d’inclusion et d’appartenance à la collectivité.

Je suis reconnaissante que celle-ci m’ait accompagnée dès mon tout jeune âge. Elle m’a soutenue dans mon intégration sociale et protégée de l’isolement en me procurant une source de motivation supplémentaire, afin de réussir mes études, développer mes compétences, œuvrer dans plusieurs groupes communautaires, etc.

D’un autre côté, je me rends bien compte que celle-ci avait un effet néfaste sur moi puisqu’elle alimentait mon insécurité. Lorsqu’elle me traversait l’esprit, je réagissais en anticipant négativement l’avenir. J’appréhendais des scénarios dramatiques dans lesquels les gens me jugeaient, me rejetaient, m’abandonnaient et m’excluaient. Mes actions étaient dirigées par la peur et la pression grugeait mon énergie.

 

L’investigation bienveillante

Certaines pensées dans lesquelles nous avons foi nous empêchent de croire que nous pouvons vivre une réalité différente de celle que nous connaissons déjà et de réaliser nos projets ou nos rêves. À dire vrai, elles entravent notre liberté d’être et d’action, en plus de réduire notre capacité à vivre des relations satisfaisantes avec nous-mêmes et les autres.

Cependant, certaines de nos croyances nous donnent le courage d’apprivoiser nos peurs et la confiance d’aller de l’avant. Celles-ci laissent plus de place à notre créativité et nous donnent accès à une panoplie de stratégies pour combler nos besoins.

« L’idée n’est pas de nous débarrasser au plus vite de nos croyances quelles qu’elles soient, mais plutôt de les observer, de les accueillir, afin de prendre pleinement conscience de leur origine et de leur impact dans nos vies. Alors, il devient possible de se libérer peu à peu de leur emprise et d’acquérir le pouvoir de les transformer en fonction de nos propres choix. » *2

Les formateurs CNV de chez Spiralis m’ont fait ces quelques suggestions et je les ai mises en pratique. J’ai donc fait connaissance avec quelques-unes de mes croyances. Je suis maintenant en mesure de les reconnaitre lorsqu’elles reviennent visiter mon esprit. Elles me transmettent une foule d’informations et c’est en les écoutant avec beaucoup d’attention que j’ai fini par comprendre leur raison d’être. Ces messagères me guident directement vers mes sentiments et mes besoins. Ainsi dotée de cette nouvelle conscience, j’envisage les choses sous un angle différent et j’arrive à remettre en question mes croyances plus aisément.

 

Distinguer les faits de nos interprétations subjectives

Lorsque nous sommes enfermées dans nos croyances, nous n’arrivons plus à faire des observations objectives. Or, « la première composante de la Communication NonViolente (CNV) propose d’observer clairement ce que nous voyons, entendons ou touchons et qui affecte notre bien-être, sans y mêler la moindre évaluation. La CNV n’impose pas pour autant une parfaite objectivité, exempte de tout jugement. Il s’agit simplement de bien séparer nos observations de nos évaluations. La CNV est à cet égard un langage dynamique qui écarte les généralisations figées et invite au contraire à fonder les évaluations sur des observations correspondant à un moment et à un contexte donnés. » *3

Lorsque nous évaluons nos actions et celles d’autrui en fonction de nos croyances, nous émettons souvent des jugements moralisateurs. Selon la philosophie de la CNV, ces analyses sont en fait l’expression indirecte de nos sentiments et besoins. Elle nous enseigne donc à communiquer en constatant les faits, pour ensuite, identifier les sentiments et les besoins que ceux-ci activent en nous, et finalement, poser des actes afin d’y répondre. Cette façon de composer avec la réalité met en place des conditions favorisant la confiance, la bienveillance, et la collaboration.

 

Changement de paradigme

Revenons à ma croyance d’origine selon laquelle ma valeur tient essentiellement à ce que fais. Avec le recul nécessaire, je me suis posé les questions suivantes: suis-je absolument certaine qu’elle soit vraie? Est-ce que celle-ci est basée sur des preuves factuelles ou sur des histoires fictives que je me raconte? Ne serait-il pas suffisant d’être en vie pour avoir de la valeur? Devrais-je absolument atteindre certains standards pour être appréciée et acceptée par mon entourage? Pourrais-je contribuer et appartenir à la collectivité sans me faire violence?

Au terme de ces réflexions, j’en suis venue à la conclusion qu’il serait dans mon intérêt de nuancer ma croyance. Elle n’était plus adaptée à ma façon de vivre actuelle puisque j’ai besoin de plus liberté, de respect de mon rythme, de préserver ma santé et de maintenir une estime personnelle stable qui ne fluctue pas en fonction de ce que j’accomplis.

J’ai visualisé ce que serait ma vie sans cette croyance. Je pourrais enfin être moi-même, oser vivre comme moi j’ai envie de vivre, et retrouver ma liberté par rapport au regard des autres. Je pourrais choisir les actions que je pose et ainsi ma vie serait pleine de sens. Je contribuerais à la vie à partir d’une énergie intarissable d’amour, d’accueil, et d’acceptation. J’aurais davantage confiance en mes capacités de prendre des décisions et de les assumer. De nouveaux horizons s’ouvriraient à moi à chaque instant… Inspirée par cette vision, je me suis mise en action pour la concrétiser.

« Hier il a plu très fort et maintenant les cieux commencent à s’éclaircir: nous voici au seuil d’une journée toute neuve. Abordons-la comme si c’était la seule et unique journée. Mettons-nous en route tous ensemble en laissant derrière nous les souvenirs des jours passés et commençons à nous comprendre pour la première fois. »*4

 

Je vous invite à venir vous explorer avec nous!

 

Par Marie-Andrée Baril
Rédactrice pigiste

Sources:

*1 Propos recueillis durant l’atelier Quiétude offert par Spiralis
*2 Propos recueillis durant l’atelier Quiétude offert par Spiralis
*3 Les mots sont des fenêtres (ou des murs), Introduction à la Communication NonViolente, Observer sans évaluer, Marshall B. Rosenberg, p. 52
*4 Se libérer du connu, J. Krishnamurti, p. 29

 

Autres sources d’inspiration:

  1. Documents remis durant l’atelier Quiétude de Spiralis: Débusquer ses croyances, Identifier et tenir en présence une croyance et Se libérer de l’emprise d’une croyance
  2. Aimer ce qui est, Byron Katie
  3. L’espèce fabulatrice, Nancy Huston
  4. Être heureux, ce n’est pas nécessairement confortable, Thomas d’Ansembourg