L’élan vers l’autre, un besoin universel

Par 16 novembre 2017 décembre 5th, 2019 No Comments

Les mouvements sympathiques et empathiques dans les relations humaines

À la base de ce que nous appelons la société, il y a vous ET moi, ici et maintenant. Tôt dans la vie, nous apprenons à interagir avec nos semblables au sein de structures telles que la famille, l’école, le travail, etc. Nous dépendons tous les uns des autres pour vivre, mais c’est notre faculté intuitive de percevoir ce que les autres ressentent qui révèle, par-delà nos différences, notre humanité commune. En effet, c’est principalement grâce à notre capacité d’adopter volontairement une posture empathique que nous arrivons à créer des liens de confiance plus authentiques.

Toutefois, happé par le rythme effréné de la vie moderne, il peut s’avérer difficile de s’intéresser aux autres sans être pris dans nos propres affaires. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle nous allons naturellement vers les gens qui partagent nos goûts et nos valeurs et qu’à moins d’y être contraints, nous nous écartons de ceux qui ne pensent pas comme nous. C’est à travers cette dynamique que se créent des liens de sympathie ou d’antipathie sur lesquels repose en partie notre capacité de socialiser.

Lorsque nous écoutons une personne, la charge émotive des informations qu’elle tente de nous communiquer éveille en nous des éléments liés à notre propre expérience. Si nous prenons conscience que nous n’entendons que l’écho de notre propre vécu et non ce que l’autre personne est en train de communiquer, alors il devient possible de mettre en veilleuse notre réaction.

Ainsi, en décidant d’accorder pleinement notre attention à ce que la personne en face de nous tente d’exprimer, nous arrivons à percevoir véritablement ce qu’elle vit au moment où elle s’adresse à nous.

Il s’agit d’un instant privilégié, car cette connexion constitue l’amorce d’une véritable écoute empathique. En constatant qu’elle est véritablement écoutée, sans jugements approbateurs ou désapprobateurs, la personne se sent encouragée à s’exprimer librement et parvient à toucher ce qu’il y a de plus profond en elle.

 

Savoir distinguer la sympathie de l’empathie

La sympathie répond, entre autres, à des besoins d’affiliation et d’appartenance. Mais quels autres besoins nourrissons-nous en agissant de la sorte?

Il est réconfortant de sentir que nous ne sommes pas seuls lorsque quelqu’un partage nos joies et nos douleurs. Cependant, le soulagement temporaire que nous procurent les témoignages de sympathie peut s’avérer insuffisant dans certains cas.

En effet, en se renforçant l’un l’autre dans l’interprétation de leurs expériences, les interlocuteurs restent coincés dans des monologues dont chacun se fait l’écho et la situation n’évolue pas, car une telle connivence leur donne une vision restreinte, voire déformée de la réalité.

Le modèle de la Communication NonViolente (CNV) nous invite à développer notre aptitude d’écoute empathique. Celle-ci nous ouvre la porte à une meilleure connexion avec l’autre, favorisant ainsi l’éclosion de liens de confiances plus authentiques.

 

Jeanne ET Sarah

Imaginons l’histoire de Jeanne qui annonce en pleurs sa rupture amoureuse à sa meilleure amie Sarah.

J : J’ai quelque chose d’important à te dire, Jacques et moi on se quitte…

S :Voyons donc! Comment ça?

J : Il trouve qu’on ne passe pas assez de temps ensemble…

S : Pourtant, on ne se voyait pratiquement plus depuis que vous étiez ensemble. Vous vous chicaniez de temps en temps comme tous les couples, mais j’étais loin d’imaginer que ça irait jusque-là. Je suis sûre qu’il va changer d’idée, il ne pourra pas se passer de toi!

J : Je ne sais pas, il avait l’air sûr de sa décision…

S : Veux-tu que j’aille te rendre visite pour te changer les idées?

Dans ces interventions, Sarah exprime de la sympathie à l’égard de Jeanne. Elle vibre sur la même résonance émotive que son amie, mais l’interrompt dans ses élans, tente d’interpréter la situation, argumente en sa faveur et lui propose une solution. On peut même anticiper que Sarah, soucieuse d’aider son amie, s’identifie à ce qu’elle dit au point de se substituer à elle dans son histoire en exprimant ce qu’elle penserait, ou ferait, si elle était à sa place.

 

Comment écouter quelqu’un sans embarquer dans son histoire?

Nous voulons comprendre clairement la différence entre la sympathie et l’empathie, afin d’être en mesure de voir dans quelle posture nous sommes. Nous voulons également prendre conscience des impacts que celle-ci a sur les autres… et vice-versa.

« Lorsque j’écoute l’autre avec empathie, je suis  »chez l’autre », attentif/ve ouvert/e… Si je réagis à ce que l’autre dit, je suis tout à coup  »chez moi ». Si ma réaction va dans le sens de ce que la personne vit, je suis en sympathie. Si ma réaction va à l’encontre du vécu de l’autre, je suis en antipathie. À ces moments-là, je suis à l’écoute de ma propre réaction et je n’écoute plus l’autre. »1

Revenons à notre histoire. En tant que bonne amie, désirant sincèrement écouter ce que vit Jeanne, la première difficulté de Sarah sera de résister à la tentation de demander des détails sur les circonstances de la rupture.

En adoptant une posture empathique, elle pourrait tenter de saisir la réalité de son amie en portant davantage attention à ce que ressent Jeanne au moment où elle lui parle. Est-elle en état de choc, en colère, triste…? Peut-être que Jeanne a seulement besoin de la présence d’une personne qui accueille ses propos, afin d’y voir plus clair dans ce qu’elle ressent et comprendre ce dont elle a besoin.

Tout comme l’eau faisant tourner la turbine d’un moulin, l’écoute empathique engendre un mouvement de transformation permettant à la situation d’évoluer en amenant la personne à trouver ses propres réponses.

Imaginons cette fois que Sarah donne une réponse empathique à Jeanne.

S : Je suis vraiment désolée d’entendre cette nouvelle. J’imagine que tu dois être complètement bouleversée?

J : Je suis sous le choc, je ne m’attendais vraiment pas à ça! J’ai l’impression de vivre un vrai cauchemar. Tout ce que je veux, c’est me réveiller!

S : Souffres-tu au point que tout ce que tu voudrais c’est que ça s’arrête?

J : Oui, c’est insupportable. C’est comme si je tombais dans le vide.

S : Est-ce que tu sens perdue parce que c’est difficile pour toi d’accepter que ce soit fini?

J : Oui, j’ai l’impression de perdre tous mes repères.

Autrement dit, une écoute empathique amènera Jeanne à s’interroger sur la nature de ses propres larmes. Cette connexion crée un climat de confiance.

Lorsque notre besoin d’empathie est comblé, notre corps se détend, et le flux de nos pensées ralentit. La confusion qui crée de l’agitation laisse place à de la clarté qui entraine un effet d’apaisement. En percevant notre situation sous un angle nouveau, des scénarios dramatiques, apparemment sans issue, deviennent plus légers et solubles. L’urgence d’agir impulsivement diminue.

À terme, nous ressentirons de la joie et de la gratitude. Non seulement nous aurons envie de partager ce bien-être, mais nous désirerons devenir nous-mêmes un vecteur d’empathie au sein de notre environnement. En étant à même de goûter ses bénéfices, nous devenons plus enclins à offrir à notre tour de l’écoute empathique et donc d’instaurer un véritable dialogue avec autrui. En effet, la générosité du cœur et le don de soi peuvent être contagieux! Nous découvrirons alors que le plus précieux bienfait de l’empathie est d’incarner l’espoir. Parce que sans écoute véritable, sans confiance, sans dialogue, la « situation n’évolue pas »; la société ne changera pas! Et la société, rappelez-vous, c’est vous Et moi, ici et maintenant.

 PAR MARIE-ANDRÉE BARIL
RÉDACTRICE PIGISTE

Sources :

  1. Document remis en formation : Bases de dialogue authentique (CNV), Spiralis, 2015, p.14