La face cachée de ma colère

Par 6 avril 2018 décembre 5th, 2019 No Comments

Vous arrive-t-il de refouler ou de décharger violemment votre colère sur quelqu’un? Que diriez-vous de transformer votre rapport avec cette émotion? Quant à moi, je souhaite l’exprimer pleinement, mais sans violence, afin de vivre en accord avec mes valeurs de bienveillance et d’authenticité.

C’est en cherchant des solutions pour atteindre cet objectif que je me suis tournée vers la pratique de la Communication NonViolente. Grâce à ce processus, ma colère est devenue un outil de croissance plutôt qu’un handicap.

Ma relation avec Thomas1, un ami de longue date que j’apprécie beaucoup, est un bon exemple des avantages de la CNV dans ma vie. Il y a quelques mois, il a commencé à fumer du cannabis sur une base régulière et m’a offert à quelques reprises de partager un joint en sachant pertinemment l’importance que revêt pour moi le fait de ne consommer aucune drogue. J’ai donc poliment décliné son offre à chaque fois sans manifester la moindre irritation, mais non sans éprouver intérieurement de la colère envers lui. Je ressentais le malaise qui m’envahissait lorsque je refoulais cette colère derrière mon attitude polie. Il me faut également ajouter qu’à la seule façon dont il s’exprime, je devine aisément qu’il a consommé. Mon agacement s’amplifie alors et fait place à l’exaspération.

Je me suis même surprise à critiquer ouvertement ses habitudes de consommation devant des tiers, mais en son absence. La vérité, c’est que l’idée de m’ouvrir honnêtement à lui sur cette question me rend anxieuse, car j’ai peur de perdre son amitié.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase…

 Lors de sa dernière visite, au beau milieu de la conversation, il a sorti un joint de sa poche et l’a tout bonnement allumé. Fidèle à son habitude, il a tendu le bras vers moi pour me passer pour m’en faire profiter… Cette fois-ci, la colère s’est présentée avant la politesse. Tout comme une bombe à retardement, j’étais sur le point d’exploser…

Bien entendu, si j’avais déversé sur lui toute cette hostilité, ce dernier aurait réagi promptement en m’insultant à son tour. En un rien de temps, la conversation aurait alors dégénéré en engueulade et le conflit que je voulais éviter à tout prix aurait désormais pris des proportions démesurées.

 Heureusement, mon expérience de la CNV m’a appris que la colère a plusieurs fonctions positives. Cette philosophie affirme entre autres que la colère est « un extraordinaire détonateur de conscience »2 qui informe la personne qui la ressent sur ses besoins et ses valeurs. Elle sert également à recruter l’énergie nécessaire pour passer à l’action et résoudre efficacement les problèmes.3

Ma chère colère, ton expression m’importe…

Je croyais que la colère n’était qu’une énergie violente qui détruisait tout sur son passage. Le fait de la percevoir comme une émotion utile m’aide à l’accueillir et à accepter qu’elle fasse partie de moi.

« La colère est une réponse physiologique qui permet de mobiliser l’énergie nécessaire pour établir des limites. C’est une énergie très puissante d’affirmation. Face à l’intensité de la colère, la présence attentive est vraiment importante parce que tout le système nerveux répond automatiquement à la situation stressante. À partir du moment où la personne prend conscience de ses sensations physiques, elle n’est plus envahie par celles-ci, et elle retrouve la capacité de faire un choix conscient. »4

Afin de reprendre mes esprits face à l’offre de mon ami, j’ai pris une profonde respiration, jusque dans le bas-ventre, et je me suis tournée vers mes sensations corporelles. Je sentais la chaleur dans mon ventre. Je sentais les pulsations de mon cœur jusque dans mes bras et mes jambes.

La décharge d’adrénaline s’est atténuée progressivement, mais j’étais encore trop énervée et j’ai décidé de prendre une pause: « Non Thomas, il est hors de question que je fume… Et avant de dire des choses que je vais regretter, je vais sortir quelques minutes prendre l’air. Ensuite, on pourra reprendre la conversation sur un ton plus calme. »

Ce faisant, j’ai ralenti la cadence pour réfléchir à la situation. Dépendamment de l’intensité de la colère, il n’est pas toujours nécessaire de quitter physiquement la personne ou les lieux pour effectuer cette première étape de retour au calme.

Traduire mes jugements en termes de besoins insatisfaits

Selon la CNV, la colère prend sa source dans la pensée que l’autre a tort. Or, l’autre n’est pas responsable de notre douleur, c’est plutôt notre besoin insatisfait qui en est la cause profonde.5

Durant ma pause, je me suis rendu compte que j’évaluais le geste de Thomas comme un manque de respect et de considération à mon égard. Dans les faits, lorsque Thomas consomme, il n’est plus lui-même et je n’arrive pas à vivre l’intimité à laquelle j’aspire dans mes relations amicales.

En prenant conscience de mon besoin, ma colère s’est transformée en tristesse reliée au deuil de notre relation telle qu’elle était auparavant. Cet éclaircissement m’a apporté un certain soulagement. En prenant le temps de ressentir et de comprendre ma colère, j’ai pu trouver une façon d’agir qui rende mon expérience complète.

Ayant retrouvé la maîtrise de mes émotions, j’étais prête à reprendre le dialogue avec mon ami, afin de bien lui faire comprendre l’importance de la sobriété dans ma vie. J’ai pu alors lui demander clairement de ne plus m’offrir de drogue et de ne pas me contacter lorsqu’il était dans un état second parce que cela affectait grandement l’intimité que j’appréciais lors de nos rencontres.

Éveiller l’humanité qui sommeille en moi

D’autre part, ce fut également l’occasion pour moi de mieux comprendre la réalité de mon ami en portant mon attention sur ses sentiments et ses besoins.

 Lorsque j’écoute attentivement et sans jugement les sentiments et les besoins de l’autre, je me relie à son expérience, puisque tous les êtres humains vivent des émotions semblables et éprouvent les mêmes besoins fondamentaux. De cette manière, j’accède naturellement à un état de compassion, je renoue avec l’humanité qui nous est commune et je vois le beau côté des personnes qui m’entourent.6

 Voilà comment la colère apprivoisée, au lieu de tout détruire sur son passage, peut nous permettre d’identifier nos véritables besoins et même d’approfondir nos relations interpersonnelles en développant des liens de confiance solides et basés sur la bienveillance et l’authenticité.

 

Par Marie-Andrée Baril
Rédactrice pigiste

 

Références

  1. Nom et histoire fictive
  2. Expression empruntée de Shari Klein et Neill Gibson, Qu’est-ce qui vous met en colère?, Jouvence 2005, p. 57
  3. Propos librement adaptés de Serge et Carolle Vidal-Graf, La colère, cette émotion mal-aimée, Exprimer sa colère sans violence, p. 28
  4. Propos recueillis dans l’atelier Intensité de Spiralis
  5. Propos librement adaptés de Marshall B. Rosenberg, Les ressources insoupçonnées de la colère, Jouvence 2005
  6. Propos librement adaptés de Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou des murs) : Introduction à la Communication NonViolente, Jouvence 2005, pp. 197-198

 

Autres sources d’inspiration

Document remis dans l’atelier Intensité de Spiralis, Canaliser sa propre colère et Faire face à la colère