Augmenter son estime de soi en pratiquant l’auto-empathie

Par 3 octobre 2017 décembre 5th, 2019 No Comments

Nous avons tous déjà été tentés de donner libre cours à notre colère en étant convaincus d’en connaître la cause, alors que celle-ci s’avérait parfois totalement différente de ce que nous pensions.

Vous êtes fatiguée, pressée d’arriver au travail et vous embarquez dans un métro bondé de monde. Au moment où celui-ci freine brusquement, vous recevez une forte poussée dans le dos et votre visage frôle dangereusement la porte vitrée en face de vous! Vous vous dites : “C’est qui ce con qui ne sait pas se tenir? Franchement, il pourrait penser aux autres celui-là! J’aurais pu me casser une dent!” Vous êtes furieuse. Et au moment où vous vous retournez, en ayant la ferme intention de lui dire votre façon de penser, vous apercevez une vieille dame qui peine à se relever, le contenu de son sac d’épicerie éparpillé sur le sol. Après un bref moment d’hésitation, vous vous empressez de lui venir en aide en vous enquérant de son état : “Vous êtes-vous fait mal? Vous vous dites : “Je suis donc ben intolérante! La pauvre, elle a de la misère à se tenir debout avec sa canne et elle est toute seule pour faire ses courses.” Votre colère a disparu pour faire place à de l’inquiétude liée à votre besoin d’entraide. Que s’est-il donc passé en vous?

De toute évidence, votre interprétation de la situation était erronée et la cause de votre colère n’était pas la poussée dans le dos que vous avez encaissée. Mais alors, quelle était-elle? Pour répondre à cette question, Valérie, formatrice en Dialogue Authentique, vous inviterait à examiner vos besoins dans cette situation. Vous sentiez-vous stressée parce que vous aviez besoin de préserver votre intégrité physique, ou bien irritée parce que vous aviez besoin de repos et de tranquillité? Aviez-vous besoin de respecter votre rythme habituel? Le fait d’être ainsi bousculée sans relâche depuis votre réveil était-il déjà ressenti comme des nuages sombres s’accumulant au-dessus de vos besoins d’ordre et de repères qui n’attendaient qu’une poussée dans le dos pour que se déchaînent foudre et tonnerre?

“L’enfer, c’est les autres”, disait Jean-Paul Sartre. Lorsque des émotions désagréables sont déclenchées, nous avons tendance à en attribuer la cause à des facteurs extérieurs. Nous cherchons des coupables que nous pouvons blâmer et critiquer. Le modèle de la Communication NonViolente (CNV), nous invite à prendre responsabilité de nos réactions. Grâce à l’auto-empathie, un outil puissant de la CNV, nous prenons conscience de nos jugements et nos interprétations et explorons notre expérience sous la surface. L’auto-empathie nous invite à mieux comprendre ce qui nous déclenche et de toucher à quelque chose de plus profond en nous.

Les jugements vis-à-vis de nous-mêmes, comme tous les jugements, sont des expressions tragiques de nos besoins insatisfaits1.

– Marshall Rosenberg

 

L’AUTO-EMPATHIE, C’EST QUOI?

Cette pratique nous invite à nous accorder du temps exclusif, durant lequel nous sommes totalement présents à ce que nous vivons dans le ici et maintenant. Nous accueillons notre état tel qu’il est, sans essayer de le manipuler, de le condamner ou de le justifier en le rationalisant. Dans un esprit de pure découverte, nous plongeons en nous, en focalisant notre attention sur nos pensées, nos sensations physiques, nos sentiments, nos besoins et nos demandes. Ce n’est qu’en lui donnant toute l’attention nécessaire que nous validerons entièrement notre expérience. En habitant notre espace, nous en prenons la pleine responsabilité.

En prenant en charge la satisfaction de nos besoins, nous retrouvons tout le pouvoir sur notre vie. Notre besoin est ce fil conducteur que nous tenons avec fermeté et détermination. Il nous appartient d’explorer toutes les possibilités qui s’offrent à nous, afin de trouver des manières de le combler.

Voici un bel exemple d’auto-empathie tiré d’un texte de Jean-Philippe :

“Je prends une grande respiration et j’écoute mes jugements, me concentrant sur mes sensations corporelles que je tente de traduire en sentiments et en besoins. “Tu es un paresseux”… tension dans les épaules, serrement dans la poitrine… beaucoup de tristesse monte en moi, j’ai tellement besoin de repos présentement, d’espace calme où je peux me déposer. Je sens mon énergie remonter, ma créativité redevenir accessible. Je prends une feuille et je note mes idées qui pourront combler mon besoin.”2

L’AUTO-EMPATHIE, ÇA SERT À QUOI?

L’auto-empathie n’a de sens que dans la mesure où nous nous rendons compte que notre relation avec nous-mêmes s’améliore de jour en jour. Elle nourrit, entre autres, des besoins de confiance en soi, d’estime et d’autonomie. En faisant l’effort de nous accueillir tel que nous sommes, même lorsque cela paraît difficile (et tout particulièrement quand c’est difficile), nous devenons peu à peu notre plus fidèle compagnon. Comme le disait Valérie : “Plus nous nous accordons de l’attention de qualité, moins nous dépendons des autres pour nourrir notre estime et reconnaître notre valeur3.”

L’auto-empathie alimente notre confiance en nos capacités de digérer ce que la vie nous sert. Plus nous la mettons en pratique et plus nous devenons confiantes en notre capacité de pouvoir y arriver quoiqu’il arrive. En nous exerçant plusieurs fois par semaine, nous goûterons une paix, alliant l’humilité de se reconnaître et la joie de s’accepter! Dans cette paix, nous puiserons une force agissante et non “réagissante”, témoignant de la puissance que nous acquérons sur nous-mêmes et sur nos vies.

PAR MARIE-ANDRÉE BARIL
RÉDACTRICE PIGISTE

Sources :

1 Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou des murs) :  introduction à la Communication NonViolente, Jouvence, 2005.

2 Jean-Philippe Bouchard, 15 septembre 2016, Le jour où j’ai apprivoisé mon chacal

3 Propos recueillis durant l’atelier Confiance offert par Spiralis, par Valérie Lanctôt Bédard, LLM, ACC , Coach et formatrice en Dialogue Authentique