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Accepter ses émotions pour mieux vivre avec soi-même

Dans une ère où tout devrait bien finir, où les gentils ne souffrent pas, où on s’attend à ce que vous soyez un gagnant et où la performance défini votre valeur, nombre d’entre nous sommes mis au défi de vivre en harmonie avec qui nous sommes vraiment. Est-ce votre cas ? Avez-vous perdu votre capacité à composer avec vos sentiments et vos élans intérieurs ?

Ne sachant que faire de notre bouillon intérieur, ayant appris à (sur)investir dans nos habilités intellectuelles, le contact avec les sentiments et la gestion de ces derniers se sont effrités. Pour ma part (Valérie), j’ai capté des messages (réels ou perçus, l’effet est le même) qui m’indiquaient que mes émotions étaient inacceptables, voire nuisibles à ma réussite éventuelle dans la vie. Comment ai-je capté de tels messages ? Je me suis fait conseiller toutes sortes de chose à faire lorsque j’arrivais en larme de l’école, je me suis fait dire « une petite fille ne devrait pas être en colère », je me suis fait traiter de bébé lorsque j’avais peur. Même si je sais aujourd’hui que ces personnes cherchaient parfois à m’aider et parfois à se dégager d’une situation désagréable, le message que les émotions sont « dans le chemin » s’est incrusté dans le nid douillet des croyances à partir desquelles j’ai navigué une bonne partie de ma vie. Depuis, la réhabilitation de mon lien aux sentiments m’a donné un levier pour transformer et approfondir ma relation à qui je suis vraiment, me procurant ainsi davantage d’énergie, de liberté et de créativité.

À quoi servent les sentiments?

Essentiellement, les sentiments (ou émotions que nous utilisons ici de façon interchangeable) servent à nous alerter de la présence de besoins qui réclament notre attention. Soit ces besoins sont comblés ; ce qui nous fait vivre de la joie, de la sérénité, de la curiosité, de la passion, etc. Soit ils ne le sont pas ; c’est alors que nous faisons l’expérience de sentiments souvent considérés comme désagréables : irritation, tristesse, confusion, peur, impuissance, exaspération, etc. Les sentiments ne sont donc ni bon, ni mauvais mais bien un signal pointant vers un besoin.

Comme nous avons malheureusement appris moult tactiques pour éviter nos sentiments – surtout les sentiments désagréables – nous avons perdu accès à la précieuse information qu’ils cherchent à nous livrer. Cette information, c’est la conscience des besoins qui s’éveillent en nous à travers les situations de la vie.

Quels sont donc ces besoins ?

Ces besoins, nous les avons tous. Ils prennent vie en nous de façon complètement individuelle, selon notre parcours, nos habitudes, notre réalité, nos croyances. C’est l’expression de l’énergie de vie qui nous habite, c’est la vie qui s’exprime à travers chaque personne de façon unique, à chaque instant. Une des prémisses de base de la Communication NonViolente est que chaque geste que nous posons, chaque parole que nous prononçons n’est ni plus, ni moins qu’une tentative de combler des besoins. Essentiellement, on reconnaît neuf grandes catégories de besoins, chacune avec ses déclinaisons : la subsistance, la sécurité, l’amour, l’honnêteté, la communauté, le jeu, l’autonomie et le sens.

Comment avoir accès à nos besoins ?

Marshall Rosenberg, psychologue clinicien et fondateur du centre international pour la communication nonviolente (cnvc.org), dit que la dépression est le résultat d’une perte de contact avec ses besoins. Souvent, nous nous mesurons à ce que nous aimerions être, à ce que l’on croit que l’on devrait être, à ce qu’on s’est fait dire que l’on était, et perdons ainsi le contact avec ce qui nous habite vraiment et la capacité de composer avec.

Afin d’avoir un plein accès à nos besoins, il faut se laisser passer à travers le sentiment et tout ce qu’il fait vibrer en nous. Ceci ne peut prendre place que si l’on accepte le sentiment qui se présente à nous. Pas de jugement, pas de minimisation, pas de justification, juste une acceptation totale de ce qui est vrai pour nous à ce moment précis. C’est à partir de cette acceptation fondamentale que nous sommes en mesure d’identifier et de goûter au réel besoin qui se cache sous notre tristesse, notre peine, notre joie, notre colère ou tout autre sentiment.

Trouver des stratégies pour combler nos besoins

Afin d’être en mesure d’agir sur ce qui est important pour nous en toutes circonstances, il est primordial de faire la distinction entre le besoin (qui est une énergie, une motivation fondamentale) et les stratégies que l’on choisira de mettre en place pour les combler (qui impliquent une action spécifique et souvent d’autres personnes). Par exemple, si je me sens triste et que j’identifie que ce sentiment est lié à mon besoin de communauté qui n’est pas comblé, une foule de stratégie s’offre à moi : prendre contact avec mes voisins, organiser une fête de famille, créer un groupe de pratique professionnel.

En me branchant sur mon besoin et non sur les stratégies, j’aurai accès à toutes sortes de façons de combler mes besoins. Cette approche est très différente de quelqu’un qui vit de la tristesse, qui trouve que sa sœur devrait l’appeler plus souvent et qui se morfond dans la morosité !

La clé du mieux-être

« Lorsque les jugements critiques que nous portons sur nous-mêmes nous empêchent de voir notre beauté intérieure, nous nous coupons de l’énergie divine qui est notre source. Si nous sommes conditionnés à nous considérer comme des objets – des objets pleins de défauts-, est-il étonnant si, souvent, nous finissons par avoir un rapport violent avec nous-mêmes ? »

Marshall Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou des murs)

Nous sommes d’avis que bien des maux sont le résultat de déceptions, de frustrations, de craintes non vécues et que nous sommes des bombes à retardement d’émotions refoulées. Nous croyons fermement que se connaître, s’accepter et savoir se dire ouvre la porte vers un mieux-être contagieux qui nous permettra d’offrir cette même attitude aux autres.

Valérie Lanctôt-Bédard et Jean-Philippe Bouchard

Article paru dans le Journal de la Guilde des herboristes, printemps 2009

Accepting our feelings, that we may better live with ourselves

In an era in which everything should end well, in which good people don’t suffer, in which it is expected that you win and where your value is defined by your performance, many of us are challenged to live in harmony with who we really are.

As we haven’t learned to deal with our inner soup and having well learned to (over)invest in our intellectual capacities, our contact with our feelings has eroded, and so has our ability to manage them. As far as I’m concerned (Valerie), I caught onto messages (real or imagined, the impact is the same) that told me that emotions were unacceptable, even detrimental to my eventual success in life. How did I catch such messages? By getting suggested all the things I could do when I came back from school crying, I was told that “a good little girls shouldn’t get mad”, I was told I was a wimp when I got scared. Even though I can see today that most of those messages intended to be helpful (or sometimes to move away from an uncomfortable situation), the massage that my feelings were “in the way” lodged itself in the nest of beliefs from which I navigated most of my life. Since then, re-establishing my own relationship to my feelings had given me leverage to transform and deepen my relationship to who I truly am, thus affording me more energy, freedom and creativity.

What are feelings for?

Essentially, feelings serve to alert us to needs that are wanting our attention. Those feelings may be fulfilled, in which case we will experience joy, inner peace, curiosity, passion, etc. Or our needs are not met, in which case we will experience feelings generally considered as unpleasant: irritation, sadness, confusion, fear, helplessness, exasperation, etc. Feelings are not good or bad, they are simply pointers to needs that are requesting our attention.

As we have unfortunately learned a whole array of tactics to avoid our feelings, especially the unpleasant ones, we have lost our access to the precious information they want to deliver. This information is the awareness of needs that are triggered in us as me move through life situations.

What are those needs?

We all have those needs. They come to life within us in a completely individual way, depending on our path, our habits, our reality, our beliefs. They are the manifestation of the life energy that exists in each of us, they are life expressing itself in a unique way through each person, in each moment. One of the basic premises of Nonviolent Communication (NVC) is that every single action we take, each word we speak is nothing more and nothing less then attempts to get our needs met. Nine families of needs are generally agreed upon, each with its variations: subsistence, safety, love, honesty, community, play, autonomy and meaning.

How de we access our needs?

Marshall Rosenberg, clinical psychologist and founder of the international Center for Nonviolent Comunication (CNVC.org), says that depression is the result of having lost contact with our needs. Often we can find ourselves comparing ourselves to what we’d like to be, to what we think we should be, to what we were told we were, and thus we lose contact with what is really alive in us and our capacity to build our lives from that.

In order to fully access our needs, we want ourselves move through all our feelings and everything that vibrates in us. This can only take place if we completely accept the feelings that are true for us in any given moment. No judging, no minimising, no justifying, but a total acceptance of what is true for us in this very moment. It is from this fundamental acceptance that we can identify and really taste the real need hidden behind our sadness, our joy, our anger, or any other feeling.

Finding strategies to get our needs met

In order to act on what is important to us in all circumstances, it is primordial to distinguish our need (which is an energy, a fundamental motivation) from the strategies we could imagine in order to meet them (which imply specific actions, and often other people). For example, if I feel sad and I recognise that this feeling is linked to a need for community that isn’t met, a whole array of possible strategies become possible: connect with my neighbours, organise a family gathering, create a professional practice group…

Once I am connected to my need rather then to the strategies, I have access to creative ways of getting it met. This is very different then living sadness and telling myself that my sister should call me more often – and wallowing in this morosity!

A key to well being

“When we judge and criticise ourselves, we cannot see our inner beauty, we are cut off from the divine energy that is our source. If we are conditioned to consider ourselves as objects – defective objects – is it surprising then that we end up having a violent relationship with ourselves?” Marshall Rosenberg

We believe that many ills are the caused by disappointments, frustrations, or fears that haven’t had a chance to be lived fully. We believe that many of us are like time bombs of repressed feelings. We strongly believe that knowing ourselves, accepting ourselves and knowing hoe to express ourselves opens the door to a contagious condition of well being, which eventually allows us to share this.

Valerie Lanctot-Bedard and JP Bouchard

This article was originally published in French in the Journal de la Guilde des herboristes, Spring 2009

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